Toujours plus haut... même à 79 ans

"En lisant le journal La Presse de samedi, je suis tombée sur un court article particulièrement intéressant, qui m'a fait penser à Tékakwitha. C'est un hommage aux aventuriers et à leur suivants, et un appel au dépassement. A chacun d'y tirer la force de continuer dans la poursuite de ses rêves, quelqu'ils soient. Comme quoi les sentiers des autres ne mènent jamais assez loin..."

Josiane Bergeron-Lord



La Presse, Montréal, Samedi 29 août 1998

"J'ESSAIE SEULEMENT DE CONTINUER"

À 79 ANS, EARL SHAFFER REFAIT LE SENTIER DES APPALACHES QU'IL A INAUGURÉ IL Y A 50 ANS

-PINE GROVE, Pennsylvanie

Earl Shaffer s'est arrêté pour reprendre son souffle. Il ajuste les bretelles de son sac à dos de 11 kilos et lève les yeux vers la frondaison de pins qui surplombe le sentier des Appalaches qu'il parcourt depuis maintenant 82 jours. Plus de 1700 kilomètres. "C'est stupéfiant que je me sois rendu si loin", dit Earl Shaffer, lui qui, en 1948, fut le premier à compléter sans interruption les 3477 kilomètres du sentier qui relie la Georgie au Maine. À 79 ans, il essaie de répéter l'exploit, pour une troisième fois. Seul. "Il y a des gens qui disent que je suis une légende. Je n'en sais rien. J'essaie seulement de continuer", dit Shaffer, qui réside à huit kilomètres du sentier, à York Springs, en Pennsylvanie. Cette fois-ci, les montées lui semblent plus abruptes et plus nombreuses et il se repose souvent. En revanche, dit-il, la forêt est plus luxuriante et le sentier est mieux dégagé et mieux balisé que lors de sa première randonnée. Il a atteint la mi-chemin de son expédition près de Pine Grove, Pennsylvanie, en juillet, et devrait atteindre l'État de New York cette semaine. Il s'inquiète d'arriver à temps au mont Katahdin, dans le Maine, avant la fermeture du sentier, le 15 octobre. Contrairement aux jeunes randonneurs équipés de matériel ultraléger, il porte de longs pantalons, une chemise de flanelle, une vieille casquette et un masque de moustiquaire. L'idée de l'Appalachian Trail a été lancée en 1921 et le sentier a été complété en 1937. À l'époque, personne n'envisageait de parcourir tout le sentier. Earl Shaffer l'a fait en 1948, en quatre mois, quatre heures. Sa randonnée et Walk in Spring, le recueil des poèmes qu'il a composés pendant sa marche, a encouragé toute une génération de bénévoles qui ont dégagé et balisé le sentier. Au parc naturel de Pine Grove, le 22 juillet, Shaffer s'est vu entouré d'admirateurs alors qu'il s'est empiffré d'un plein carton de crème glacée aux cerises, pour suivre la tradition qui veut que tous les "through hikers" mangent un demi-gallon de crème glacée à mi-chemin de leur parcours. Les sentier serpente à travers 14 États de l'est des États-Unis, en grande partie sur des terres publiques. Chaque année, environ 1500 personnes tentent de reproduire l'exploit d'Earl Shaffer, en prenant le départ à Springer Mountain, en Georgie, à destination du mont Katahdin. Du nombre, seulement 10 réussissent, selon la Conférence du sentier des Appalaches. Shaffer a entrepris sa première traversée des Appalchaes pour se débarrasser des démons qui le hantaient à la suite de la 2e Guerre mondiale, qu'il a passée dans le Pacifique. Son ami d'enfance a trouvé la mort à Iwo Jima. Il se rappelle que le sentier était moins accidenté en 1948, alors qu'il traversait des villages ou qu'il longeait des routes de campagne. Aujourd'hui, il suit les sommets et les crêtes rocailleuses. "C'est comme une course à obstacles", dit-il. Shaffer a fait sa deuxième traversée en 1965, en direction du sud, en 99 jours. "Le mont Katahdin est le plus beau... d'en haut on peut tout voir."

La page des anciens ’’’